néo ruraux
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Télé Millevaches
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Théâtre à Felletin : quand le vivier culturel creusois dope les initiatives07'35'' // Reportage, septembre 2025Originaire de Cavaillon dans le Vaucluse, la comédienne Barbara Graziani, creusoise depuis trois ans, raconte : « Dès mon arrivée, j’ai créé un petit festival de théâtre à domicile, ce qui m’a permis de découvrir plusieurs compagnies locales, dont j’ai eu envie de présenter le travail lors d’un événement plus grand ». Avec l’aide de nombreux bénévoles et le soutien de l’association Felletin patrimoine, Barbara a mis sur pied trois jours de spectacles et de concerts à Felletin. « C’est un endroit où il n’y a pas de salle de spectacle, donc je me suis dit pourquoi pas, on va voir si ça prend ». C’est l’offre culturelle déjà abondante qui a incité la jeune femme à créer cet événement : « Je n’ai pas la prétention d’apporter la culture en Creuse, au contraire c’est parce qu’ici j’ai eu l’impression que c’était possible ».
Après plusieurs années dans l’éducation nationale, la comédienne de 38 ans projette de monter sa propre compagnie de théâtre, en Creuse. Pas banal pour quelqu’un qui habitait à 40 minutes d’Avignon. Très vite, l’artiste propose des cours de commedia dell’arte, un genre de théâtre italien populaire, dont les comédies sont marquées par la naïveté, la ruse, et l’ingéniosité. « J’ai voulu apporter ici ce type de théâtre très peu connu » explique Barbara.
Avec ce festival c’est ce que Barbara continue de proposer : « des spectacles que je n’ai pas l’habitude de voir en Creuse » dit-elle. Si l’accueil est parfois timide sur le marché, l’initiative est plutôt saluée par les spectateurs finalement nombreux lors des représentations. « C’est une bonne initiative, surtout qu’elle ne s’adresse pas aux touristes puisqu’elle a lieu en dehors des grandes vacances » défend un spectateur. Durant ces trois jours, 10 spectacles et 2 concerts ont été proposés. « Le seul inconvénient c’est que je n’ai aucune subvention ; j’ai investi l’argent de ma propre compagnie et le cachet des artistes dépendra des recettes que nous partagerons » conclut Barbara. Avec plus de 200 spectateurs sur trois jours, l’organisatrice pense déjà à préparer l’édition 2026.
Marie-France Houdart, Anthropologue45' // Les entretiens Télé Millevaches, juin 2025Cet entretien avec l’historienne et anthropologue du Limousin et du plateau de Millevaches est enregistré à l’occasion de la sortie de son dernier ouvrage « Limousin, terre promise : ...d’ici - pas d’ici... ». Marie-France Houdart y retrace l’histoire du pays à partir du XVIème siècle jusqu’à l’époque contemporaine.
Installée en Corrèze depuis 1975, Marie-France Houdart est la fille d’un fonctionnaire français en Algérie. Étudiante en anthropologie, elle travaille sur les peuples péruviens et s’imprègne peu à peu de la question coloniale. Ses études colorent largement son regard sur le Limousin qui fait parfois grincer des dents les nouveaux arrivants engagés dans l’écologie. Dans un recueil de témoignages collectés à Faux-la-Montagne, Marie-France Houdart retient par exemple celui-ci : « On se sent un petit peu les "gentils" qui viennent sauver un pays, on va faire telle action, telle réunion, on a l’impression de faire quelque chose qui avance, et on a l’impression de faire partie d’une élite. » Un sentiment qu’elle dit elle-même avoir éprouvé, avec pour les autres, une sensation de voir arriver des gens peu soucieux de l’histoire du pays tout en prétendant vouloir le changer. « Même les sociologues qui travaillent sur la question des néo-ruraux et qui s’intéressent à leurs mœurs, à leurs origines sociales, à leurs parcours personnels, ne prennent jamais le temps d’observer l’histoire des gens qui étaient là avant. C’est une constante dans la société que de considérer les zones rurales comme n’étant pas dotées d’histoire. » ajoute-t-elle. C’est tout l’objectif de son livre : rappeler l’histoire de ceux qui étaient là avant, et faire réfléchir ceux qui arrivent.
Mais les choses se compliquent lorsque l’on rentre dans le détail : tous les néos ne sont pas écologistes ou progressistes. Or, nombreux sont les gens du terroir qui le sont, et parfois de manière très engagée… Idem sur la question des pratiques paysannes parfois teintées d’esprit magique telles que les bonnes fontaines, les sourciers, les soins par les pierres, etc. Des néo ruraux semblent s’y intéresser tandis que les gens du terroir y voient des pratiques médiévales à oublier. « Les choses ne sont jamais si simples », admet finalement l’anthropologue, avant de conclure, optimiste : « Malgré toutes ces tensions, je me dis que s’il y avait un coup politique lourd ici, les gens feraient bloc malgré tout » conclut l’historienne.